Retour de la vie apres la mort
Soudainement, je repris conscience. Les yeux ouverts, la respiration profonde, je sentais le vent sur mon visage, le poids de mon armure sur mon corps et, dans ma main, une arme étrange… Tourmente.
Durant mon moment d’inconscience, j’avais entendu des voix m’appeler. Des hommes me regardaient droit dans les yeux et prononçaient ce qui semblait être mon nom, cherchant à capter mon attention.
« …Osmond… »
Si tel était réellement mon nom, pourquoi alors le nom **Lot Hario** occupait-il mes pensées ? Il semblait être le seul fragment d’information que je possédais au sujet de mon identité véritable. Je dus supposer qu’**Osmond** n’était qu’un nom de code, une fausse identité destinée à dissimuler mon vrai nom : Lot Hario.
Malheureusement, cela n’expliquait rien au reste de ma situation. Comment étais-je arrivé ici ? Pourquoi étais-je entouré de ces personnes qui semblaient me connaître, alors que moi je ne les reconnaissais pas ? Et surtout, pourquoi tenais-je cette arme si particulière ?
La lame portait d’étranges motifs. Des gravures d’une complexité telle que même le meilleur forgeron de ce plan d’existence n’aurait pu les réaliser. Et ce mot… **Tourmente**. Il revenait sans cesse dans mon esprit chaque fois que je regardais l’arme. Peut-être n’était-ce pas un simple mot, mais bien son nom.
Les hommes autour de moi me demandèrent comment je me sentais. Si quelque chose avait changé. Si je ressentais un mal de tête, une irritation, un trouble de la vue ou un quelconque malaise.
D’après ce que j’avais compris de leurs explications, cette arme était connue pour être maudite, mais aussi extrêmement puissante. Les armes maudites d’un tel calibre étaient généralement accompagnées d’une malédiction tout aussi redoutable.
Osmond — moi — comptait parmi les plus puissants d’entre eux. C’est pour cette raison que j’avais été choisi pour tester l’arme. L’idée générale était simple : j’étais supposé être le plus apte à résister à sa malédiction, les autres restant prêts à intervenir si nécessaire.
Rien dans leur comportement ne me donnait l’impression qu’ils me trompaient. Je ne percevais aucune malice chez eux. Seulement de la curiosité… et peut-être un peu de crainte.
Je leur expliquai que, pour l’instant, la malédiction semblait se limiter à une **amnésie**. Je ne me souvenais de rien, à l’exception de mon nom… ou plutôt du nom qu’ils utilisaient pour m’appeler. Je gardai cependant pour moi celui de **Lot Hario**.
N’ayant aucune certitude quant à ma propre identité, il me sembla plus prudent de leur révéler mon amnésie. Prétendre être quelqu’un sans rien comprendre à ma propre situation aurait été encore plus suspect.
Ils acceptèrent mes explications, bien qu’ils paraissent confus. Selon eux, l’ancien porteur de cette arme avait été bien plus puissant ; il leur semblait étrange qu’une malédiction aussi redoutée ne produise qu’une simple perte de mémoire.
Ils mentionnèrent également un nom : **Lot Hario**. D’après eux, c’était l’une des rares personnes capables de donner ne serait-ce qu’un léger défi à **Patrice**.
Le nom **Patrice** m’était étrangement familier.
Peut-être qu’en tant qu’Osmond je le connaissais… mais ce qui me troublait davantage encore, c’était d’entendre prononcer **Lot Hario**.
Si l’ancien porteur de cette arme portait réellement ce nom…
Y penser me provoquait des maux de tête.
Avant que je puisse pousser plus loin mes réflexions, les autres décidèrent qu’il valait mieux mettre fin à l’expérience pour aujourd’hui. Je garderais l’arme avec moi : personne ne connaissait encore l’étendue de la malédiction, et les armes maudites avaient tendance à se lier à leur porteur dès qu’elles étaient touchées. Tenter de m’en séparer pourrait avoir de graves conséquences.
Mieux valait rester prudent.
Le lendemain, deux noms occupaient constamment mes pensées : **Patrice**… et **Lot Hario**.
Au fil de la journée, plusieurs personnes vinrent me poser des questions. Avais-je ressenti quelque chose de différent ? L’arme manifestait-elle d’autres effets ?
Au détour de conversations, j’entendis divers sujets abordés, mais un seul retint véritablement mon attention : une **maison de négoce appelée la Trame de Rosth**.
Elle se trouvait en **Sarnale**, un royaume du continent de **Kayros**, et servait de point commercial pour le **Collectif Rosmathi**, un puissant conglomérat marchand.
Un certain **Baram** semblait utiliser cette maison comme façade.
Encore un nom qui me paraissait familier.
En fouillant dans le journal d’Osmond, j’appris qu’il était venu à **Givre-Garde** afin d’enquêter sur les receleurs d’artifices loraciens présents dans la région. L’Ordre du Dernier Mal n’appréciait guère ces artefacts et avait pour mission d’éliminer les trafiquants afin d’envoyer un message clair au Collectif : ils n’étaient pas les bienvenus.
Cependant, des investigations plus approfondies suggéraient que le Collectif lui-même n’était pas responsable. Des agents indépendants semblaient simplement utiliser son nom comme couverture.
Parmi les nombreux documents, notes et rapports que je consultai, plusieurs noms étaient associés à **Baram**. Mais un seul me frappa immédiatement :
**Shaseis.**
Encore un nom familier.
Cette nuit-là, dans mes quartiers, je passai de longues heures à réfléchir. Tous ces noms me donnaient l’impression de cacher une vérité que j’étais sur le point de saisir.
**Lot Hario. Patrice. Baram. Shaseis.**
Je les répétais mentalement, encore et encore.
Les minutes passaient.
Les maux de tête revenaient.
Puis d’autres noms surgirent.
William. Oysterique. Allan… non, **Kiklissir**. Étienne. Archibald.
La douleur devint insupportable, mais je sentais que j’étais proche d’une révélation.
Et soudain…
Je me souvins.
**Je suis Lot Hario.**
La migraine devint une torture absolue. La douleur était si intense que j’aurais juré sentir mes oreilles saigner alors que les souvenirs revenaient, tous en même temps.
Kayros. Altan Hankor. Les premiers groupes de gobelins. Mes camarades. Manfred. Sombrempt. La guerre des morts. Grintzel. Annatae. Edhel. Le drake blanc. Le poison. Les clones. Le Sabbath. Le Monolithe. Toutes les morts que j’avais subies. Le temps renversé. Le futur perdu. Ma véritable malédiction.
Tout me frappa avec une violence telle que je perdis connaissance.
À mon réveil, je compris quelle devait être ma nouvelle mission.
Je devais recueillir le plus d’informations possible sur **Baram** et **Shaseis**, afin de découvrir comment la sauver. Ensuite, je devrais retourner à **Ferrum** pour en discuter avec mes camarades.
Ils auront beaucoup de choses à entendre de ma part.
Mais pour l’instant, ma priorité était claire : rester concentré sur ma mission… et continuer à jouer le rôle de l’homme amnésique pendant mes investigations.
Après près d’une semaine passée à **Givre-Garde**, j’avais recueilli tout ce que je pouvais trouver sur **Shaseis** et sur l’endroit où elle pourrait se trouver.
Cependant, certains commençaient à se méfier de moi. Avant que leurs soupçons ne se transforment en attaque, je jugeai préférable de trouver une occasion de fuir.
Cette occasion se présenta le lendemain.
Plusieurs personnes seraient absentes.
Ce jour-là, seule une demi-douzaine d’hommes se trouvait sur mon chemin.
Je pris la fuite.
Un homme mourut dans l’affrontement.
Les autres me poursuivirent et parvinrent à me pousser vers un fort où aucune issue ne restait ouverte. Ils m’encerclèrent, armes en main, prêts à me tuer — tout en appelant le nom de mon hôte, tentant apparemment de le ramener à la raison.
Je frappai le premier.
Attendre qu’ils attaquent tous ensemble aurait été une erreur.
**Tourmente** utilisa certains sorts pour soutenir mon attaque et ma défense. Je me concentrai sur l’élimination d’un adversaire afin d’invoquer un spectre à partir de son corps.
Un **deux contre cinq** était bien plus favorable qu’un **un contre six**.
Le reste du combat fut relativement simple.
Une fois tous abattus, je m’enfonçai dans les **Brumes** afin de réduire les chances d’être suivi et pris la direction de **Ferrum**.
Le voyage était dangereux, mais je n’étais pas un novice dans ces terres. Je savais à quoi m’attendre.
J’eus toutefois de la chance : je parvins à atteindre Ferrum en un peu moins d’un mois.
Il est difficile d’évaluer le passage du temps dans les Brumes.
Lorsque j’appris la mort d’**Archibald** dans la mine, je m’y rendis immédiatement. On racontait qu’une statue avait été érigée pour commémorer son sacrifice.
Je voulais la voir de mes propres yeux.
Au moins, mon propre « sacrifice » lui avait offert la chance d’une mort honorable, en tentant de sauver sa ville et son peuple.
Peu après mon arrivée, je fus rapidement confronté par mes anciens camarades… et par un **drake rouge**.
Ils semblaient prêts à m’attaquer. Après tout, pour eux, j’étais qu'un homme de l’Ordre du Dernier Mal, un inconnu.
Peu après, **Archibald** apparut lui aussi. Après plusieurs explications, je parvins à les convaincre que j’étais bien leur ancien compagnon : **Lot Hario**.
Mais d’autres révélations suivirent.
Le drake — **Evrard** — était venu rencontrer mes amis et marchander avec Archibald afin de récupérer mon arme. Son véritable objectif était de la détruire et de mettre fin à la malédiction qui nous affectait tous les deux.
La source de cette magie d’emprisonnement provenait de **Tourmente**.
Je comprenais enfin mieux le nom de mon arme.
Pour être honnête, après tout ce qu’Evrard raconta, même moi je commençais à envisager de me rendre.
Même si ma mission restait de sauver **Shaseis**… méritais-je vraiment de continuer à fouler ces terres ?
Je leur remis au moins le journal contenant les informations sur **Baram** et **Shaseis**.
Avec les paroles d’Evrard, mes amis commencèrent à accepter l’idée de devoir me tuer afin de récupérer l’arme et d’en finir une fois pour toutes.
Je ne pouvais pas les en blâmer.
Surtout lorsqu’Evrard révéla que j’avais été **un ancien général des Ashuras**.
Moi aussi, je commençais à douter de moi-même.
Si **Kiklissir** n’était pas intervenu, j’aurais probablement péri ce jour-là sous les coups d’Evrard et de mes propres camarades.
Finalement, Evrard abandonna l’affaire… pour le moment, après avoir été atteint par un tir de Kiklissir.
Nous retournâmes tous en ville une fois qu’il fut parti.
Mais le doute demeure.
Serait-il possible que je redevienne un jour ce général des Ashuras ?
Quoi qu’il en soit, je terminerai ma quête et sauverai **Shaseis**.
Entre-temps, je mènerai mes propres recherches afin de découvrir si ces accusations sont fondées… et surtout, pour trouver un moyen de **détruire Tourmente** une fois pour toutes.
Et si jamais le jour venait où je basculerais à nouveau dans les ténèbres…
Alors mes amis devront détruire l’arme eux-mêmes.
Si je ne peux pas le faire moi-même.
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