Château-Cendre
Chateau-Cendre ne se mérite pas. On ne le découvre pas par hasard, on n'y passe pas en chemin vers autre chose. Il faut le vouloir : quitter Mi-Chemin, abandonner la piste balisée, s'enfoncer dans les hauteurs pendant plusieurs jours avant d'apercevoir ses murs gris entre deux crêtes. Et quand on le voit enfin, on comprend immédiatement pourquoi les autres n'ont pas fait demi-tour.
La cour est jonchée d'ossements.
Certains sont anciens, blanchis par les années. D'autres sont récents, encore habillés. Personne ne les a déplacés. Personne ne revient pour ça.
Type
Ruines (ancienne forteresse minière)
Région
Désert de Morte-Pierre
État
Abandonné
Taille
Fort de taille moyenne
Spécialité
Veine d'adamantine (non exploitée)
Ressources
Adamantine (inaccessible), matériel de forge récupérable
Accès
Plusieurs jours de marche au nord de Mi-Chemin, hors piste balisée
Communauté
Aucune
Gouvernance
Aucune
La piste monte depuis une heure. La montagne absorbe le vent, et le silence qui s'installe est plus pesant que la tempête qu'il remplace. Puis les murs apparaissent. De la pierre grise, épaisse, construite vite et sans soin, sauf par endroits où les blocs changent de nature, plus anciens, trop bien ajustés. La grande porte est arrachée de ses gonds. Dans la cour devant vous, les ossements sont partout. Pas entassés. Éparpillés, comme si les gens avaient essayé de courir.
Informations Générales
Géographie & Environnement
Château-Cendre est encastré dans un flanc de montagne, à une altitude suffisante pour que les grandes tempêtes du désert le contournent plus souvent qu'elles ne le frappent. La roche qui l'entoure est d'un gris presque noir, striée de veines minérales que les mineurs ont étudiées et cartographiées avant de comprendre ce qu'elles cachaient vraiment. Le fort est à une journée de marche des Gorges de Sable-Noir. Par temps clair, depuis les hauteurs des remparts, on aperçoit au loin la masse sombre de la tempête permanente. La nuit, on entend parfois quelque chose qui ressemble à du vent, mais qui vient de la mauvaise direction. La montagne est sèche, sans eau de surface. Les mineurs s'approvisionnaient depuis des citernes creusées dans la roche, dont deux sont encore intactes et recueillent les rares précipitations. L'eau y est propre. C'est peut-être la seule chose ici qui ne pose pas de question.Le désert ne monte pas jusqu'ici. Mais ce qui est dans la montagne, lui, il n'a pas besoin du désert pour aller où il veut.
Histoire
Ce qui était là avant
Avant la guilde, avant les mineurs, avant le nom, quelqu'un a construit dans cette montagne. Les fondations du fort reposent sur une structure bien plus ancienne dont personne n'a encore percé l'origine. Les blocs en sont parfaitement ajustés, sans mortier visible, résistants à une érosion qui a pourtant rongé tout le reste. Les couloirs du sous-sol ont été taillés avec une précision qui tient davantage de la géométrie que du génie civil. Les murs de ces espaces inférieurs portent des gravures denses et répétitives. Pas des fresques, pas des décorations. Des motifs géométriques organisés comme un langage, ou comme une carte. La seule pièce entièrement libre de gravures est une salle circulaire au coeur du sous-sol. Les murs y sont lisses. Au centre, une dépression dans le sol, peu profonde, de la taille d'un corps allongé. Son usage reste inconnu. L'accès en a été muré par les mineurs, sans mention dans les archives. Le désert est censé n'avoir eu aucun peuple natif à l'Éveil. Cette ruine contredit cette version sans l'expliquer.La guilde et la mine
La guilde minière dont Château-Cendre porte encore le fantôme n'a pas laissé de nom dans les mémoires. Elle est arrivée après que des prospecteurs isolés eurent confirmé la présence d'une veine d'adamantine dans la montagne. Ils ont construit vite, sur les fondations de ce qu'ils ont trouvé, sans s'y attarder. Une seule ligne dans leurs archives mentionne la structure préexistante : "Fondations anciennes réutilisées. Solides." Les premiers niveaux de la mine ont produit. L'adamantine remontait. Le fort grossissait. Des mercenaires assuraient la défense contre les Ravageurs. Pendant quelques années, l'entreprise ressemblait à une réussite. Puis les galeries ont atteint un troisième niveau. Les archives s'arrêtent peu après. La dernière entrée du registre de la mine, griffonnée d'une main qui tremblait, indique une date, un nombre, et un seul mot : "Descendus." Aucune sortie n'a été enregistrée après ça. Le fort a été abandonné sans ordre officiel, sans évacuation organisée. Ceux qui sont partis sont partis vite. Ceux qui ne sont pas partis sont encore là, en morceaux, dans la cour.La Veine d'Adamantine
Elle est réelle. Les filons apparaissent dans les parois dès le premier niveau de la mine, des traits noirs qui absorbent la lumière plutôt qu'ils ne la reflètent. Assez visibles pour confirmer leur existence. Assez accessibles, en théorie, pour qu'un mineur compétent puisse travailler. La forge du fort tient encore debout. Les outils sont rouillés mais récupérables. Quelqu'un qui saurait remettre l'équipement en état pourrait travailler l'adamantine sur place, sans avoir à transporter le minerai brut. La veine principale descend plus profond que les niveaux accessibles. Les gravures des constructeurs anciens la cartographient en détail. Elle n'est pas le point d'arrivée de leurs travaux. Elle est un jalonnement. Ce vers quoi leurs galeries descendaient, c'était autre chose.Les Ténèbres du Troisième Niveau
Ce qui se trouve au-delà du deuxième niveau de la mine n'est pas documenté. Le passage y menant n'est pas muré. Il est simplement ouvert, dans l'obscurité, avec une inscription gravée à la main dans l'encadrement de pierre :
Ne descendez pas au troisième niveau.
Pas de nom. Pas de date. L'écriture est différente de celle des archives de la guilde.
Les gens continuent de venir. Parfois seuls, parfois en groupe. Parfois avec du bon équipement. Les ossements dans la cour ne sont pas tous anciens. Certains portent encore des lambeaux de vêtements récents. Les corps ne sont pas à l'entrée de la mine. Ils sont dehors, éparpillés dans la cour, comme si quelque chose les avait laissés partir jusqu'à l'air libre avant la fin.
Il n'y a aucune marque de griffes ou de dents sur les os. Aucun signe de violence évidente. Ils sont juste là.
Je ne sais pas ce qu'il y a en bas. Je sais que les gens qui le savent ne reviennent pas pour en parler.
Points d'Intérêt
- La Cour des Ossements La cour centrale du fort, délimitée par les murs d'enceinte partiellement effondrés. Les ossements y sont présents en nombre, mêlés de matériel abandonné, de sacs éventrés, de cordes coupées. Un examen attentif révèle des équipements d'origines et d'époques variées. Quelqu'un est venu il y a moins d'un mois. Son paquetage est encore lisible.
- La Forge Bâtiment central du fort, encore debout. Le soufflet est mort, la cheminée partiellement obstruée, mais la structure tient. Les outils sont rouillés mais de qualité. Un forgeron compétent pourrait remettre l'ensemble en état en quelques jours. Une pièce attenante servait à entreposer le minerai brut remontant de la mine.
- Les Archives de la Guilde Une pièce dans le bâtiment principal contient les registres de la mine, partiellement brûlés. Les premières années d'exploitation sont lisibles. Les dernières semaines manquent. Le registre d'entrées et sorties est encore accroché près de l'entrée de la mine, à l'abri du sable.
- L'Entrée de la Mine Une ouverture taillée dans la roche, large, stabilisée par des poutres dont certaines tiennent encore. Les deux premiers niveaux sont accessibles, partiellement effondrés mais praticables. La veine d'adamantine est visible dès les premières parois. Le passage vers le troisième niveau est ouvert. L'inscription est gravée à la main dans l'encadrement.
- Le Sous-sol de la Ruine Ancienne Accessible depuis les caves du bâtiment principal, partiellement occulté par la construction de la guilde. Les couloirs y sont parfaits, les pierres sans mortier, les gravures continues sur les murs. La salle circulaire centrale a été murée par les mineurs. Les briques qui obstruent l'accès ne sont pas scellées. Quelqu'un les a simplement empilées vite, sans les cimenter.
- Les Citernes Deux citernes creusées dans la roche, encore fonctionnelles. Elles recueillent les précipitations rares. L'eau est propre. C'est un point d'approvisionnement fiable pour quiconque utilise le fort comme base temporaire.
Rumeurs
- Un groupe de quatre nains est parti il y a trois semaines avec du bon équipement. Deux sont revenus au galop, sans les autres, sans rien dire. Ils ont quitté Mi-Chemin le lendemain.
- Le premier niveau de la mine est sûr. Tout le monde le sait. C'est en dessous que ça se gâte.
- Un homme est revenu seul avec trois blocs d'adamantine brute, l'an dernier. Il a vendu le tout sans un mot et est reparti vers l'est. Personne ne sait comment il a fait.
- Les ossements dans la cour changent d'orientation d'un jour à l'autre. Ceux qui campent dans le fort disent que le matin, ils ne sont plus tout à fait là où on les a vus la veille.
- La Compagnie du Flammacier aurait dépêché une équipe d'experts l'an dernier pour évaluer la veine. Leur rapport de surface a été retrouvé abandonné dans le sable, à mi-chemin entre ici et Mi-Chemin. Les experts, eux, n'ont pas été retrouvés.
- Les gravures du sous-sol ne sont pas de la décoration. Quelqu'un qui saurait les lire pourrait comprendre ce qui est au troisième niveau avant d'y descendre.
- La ruine sur laquelle le fort a été bâti est antérieure à l'Éveil. Si c'est vrai, quelqu'un vivait dans le désert avant que le désert ne soit le désert.
